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Ce "bruit": trace naturelle de hasard, de l’inconnaissance et de l’indépendance de chaque cause, de chaque situation en chaque point, qui constitue et remplit nos horizons communs.
Mes intentions ne concernent pas la recherche de nouveauté en programmation gadget ni en beauté conceptuelle — bien qu’il soit encore excitant de frôler l’ambiguïté de ces vides communément partagés.
Il s’agit, et dans ce contexte, de scruter la puissance d’imagination, de contemplation, de convoquer physiquement la pensée, de voir. Il s'agit aussi d’activer le regard depuis ses hypothèses propres, avec son inquiétude et sa recherche de coïncidences, au milieu d’intrigues intuitives qui participent à l’espace : comme l’intuition à la fois du continu et du distinct, celles entre subjectivité psychique et subjectivité collective, entre captation et projection, entre présence et représentation …
La consistance ne peut pas dépendre seulement du dispositif (de l’existence supposée autonome d’un ensemble de connexions), elle dépend ici en grande partie de l’interprétation, de l’attention, de notre approche en forme de construction historique. Le jeu, d’une plate interactivité, demande d’investir un regard devant de simples décalages de luminosités — et devant la question de sa propre liberté —, autant qu’on peut écouter ou lire un contenu.
Les déterminations de contours “indéterminées” d’une proposition, tel que cela est esthétiquement avancé dans des œuvres comme celles de F.morellet, ou J.Cage, se trouvent ici puisées dans une omniprésente physique mathématique, elles sont reliées à ce trouble de l’inconnaissance, irréductible bruit de la nature en tout lieu, ces limites tracées au delà des fictions par les physiciens du 20éme comme Dirac ou Heisenberg.
Une hypothèse ici (reste à voir) est que l’écran RVB, en tant que machine avec tout le circuit et les électrons qui s’y rattachent (nous produisons les électrons aussi), est probablement un organe parmi ceux corporels de la pensée, une matérialité humaine directement liée aux conditions du corps et plantée au milieu de la même nature. L’écran semble être une sorte d’extension de la peau, tendue sur du réel comme notre épiderme, avec la présence active de l’extérieur, comme pour la rétine de l’œil qu’on ouvre.
Ce réel-nature dont je parle convoque le phénomène d’”entropie”: agir à notre échelle (l’échelle machine-esprit), ou simplement obtenir de l’information, lui concède nécessairement une liberté intime, un degrés d’indépendance qu’on identifie volontiers à la flèche, à l’irréversibilité, cette hypothèse-mesure-réalisation du temps, où la quête d’immédiateté semble perdue d’avance, car sans autre contenu que ce qui s’oppose à toute attente.
ludovic lignon (08-2004)
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